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Edinoh... 2012/2020, un enfant et un parcours qui en disent long sur Utopiks Loustiks

Mis à jour : mai 1

Edinoh a 15 ans. quand je l'ai connu, à la création d'Utopiks, il avait 7 ans, à peine un an de plus que mon fils. Il n'était jamais allé à l'école et il passait beaucoup de temps à la plage où sa maman travaille, entre boutiques et gargotes. En avril 2012, quand l'école commence sur la plage, il a 8 ans et suit la classe de niveau GS/CP. Il apprend les jours de la semaine, chante "vole, vole, papillon"... tout l'intéresse, son engouement et son sourire sont contagieux.


Jusqu'en août 2018 il suit sa scolarité à Utopiks Loustiks, il passe avec réussite son DELF à l'Alliance française et son CEPE (diplôme de fin d'études primaires). En octobre 2018, avec Saana, Tresseau et Geneviève, il intègre la classe de 6ème au collège La Colline, nouveau collège privé à Andilana.


Mais Edinoh a déjà 14 ans, il a toujours été moins studieux que Tresseau et il est moins soutenu par sa famille que Saana. Six mois passent et il décroche... il s'ennuie; Edinoh est dans le concret depuis qu'il est tout petit, aîné d'une grande fratrie, père absent... Edinoh cuisine, pêche, plante, cultive, lave le linge...


Nous avons beaucoup échangé avec Fulvia à son sujet car nous sommes préoccupées par sa situation. C'est un jeune homme brillant à qui la vie peut sourire mais il doit trouver ce qui va l'épanouir et le faire vivre. En septembre 2019, il est allé voir Fulvia pour lui dire combien il regrettait d'avoir arrêté le collège et lui demander de l'aide pour y retourner. Les collèges privés sont assez stricts et la directrice n'a pas accepter de le reprendre, cependant Fulvia l'a inscrit au collège à Dzamandzary et a tout organisé pour sa rentrée. Ennui? Soucis avec la famille? Problèmes financiers? Fréquentations démotivantes? Il a à nouveau décroché.


En ce début d'année, je me suis rendue à Nosy Be où je n'avais pu retourner depuis août 2018. L'occasion, entre autres, de voir Edinoh, de discuter avec lui de son avenir, d'échanger avec ses copines du collège (Saana et Francella) pour mieux comprendre la situation...


Sur place, nous sommes à peu près tous d'accord (Fulvia, Hanitra, Vincent, Rasolo ou moi-même), Edinoh a un bel avenir devant lui, loin des bancs de l'université sans doute, mais près de chez lui, dans son village, dans du concret rapidement. Depuis 2012, à différentes occasions, Edinoh nous a exprimé le plaisir qu'il avait à semer, planter, récolter... comme çà, au détour d'une question ou d'une activité.


Il y a un an, j'ai découvert par le biais de relations communes, un garçon qui s'appelle Florent, il est agro-écologue et il vit à Madagascar. Il publie beaucoup de choses, souvent dans les deux langues car il est bilingue gasy, autour de la permaculture, de l'agroforesterie, des plantes fourragères, la conservation des semences... Et puis un jour, il a commencé à parler de son envie de faire des formations...


Edinoh parle couramment français, et moi un peu sakalava, mais j'ai demandé à Rasolo de m'aider pour expliquer à Edinoh le potentiel et la chance de pouvoir acquérir de tels savoirs. Nous avons lu ensemble différentes publications de Flo et échanger sur la faisabilité des choses et le nécessaire engagement d'Edinoh.


C'est donc avec un grand plaisir que La Casa Flops va accueillir Florent, du 9 au 16 février 2020, pour une formation de 6 jours. Sont concernés, en plus d'Edinoh:

- Mahasevo, en CM2 actuellement avec un parcours scolaire assez similaire à celui d'Edinoh, nous faisons une expérience de prévention au décrochage! C'est une idée de Vincent qui le connais depuis longtemps et qui a remarqué chez lui une passion pour tout ce qui touche à la terre.

- Rasolo, notre prof de sport qui est aussi un jeune homme calme et posé du village. Il a soif d'apprendre, sera un bon cadre pour les enfants et un bon porte-parole au village.

- Mahavy, le jardinier de la Casa Flops est aussi le papa de Saana, Mounja et Fabri, et un patron'aomby (il a plusieurs zébus); c'est donc à plusieurs titres qu'il va pouvoir valoriser et utiliser ses connaissances.



Florent se présente:


Parisien d'origine, je me suis très vite passionné pour les orchidées dès l'âge de huit ans. J'ai par la suite suivi un cursus de biologie à l'université, et fêté ma licence en partant un an au Sénégal. Puis j'ai enchainé avec une première année de master en écologie et botanique tropicale au Cameroun, et une deuxième année en Polynésie sur l'ile de Raiatea, spécialisée dans la vanille de Tahiti. C'est à la suite de ce master que je suis arrivé, par hasard, à Madagascar pour participer à la création de jardins vitrines en agro-écologie, bien que cela ne soit pas ma spécialité première. Je suis vite tombé amoureux du pays, je me suis pris de passion pour mon travail, et j'y ai surtout rencontré la femme de ma vie. C'est suite a cette année de volontariat service civique que je me suis lancé dans ma propre entreprise : La Ferme Aux Mille Couleurs. En quoi consiste cette ferme ? En quatre ans, j'ai testé plus de 1200 nouvelles variétés de fruits et légumes, en culture 100% biologique, sans aucun intrant chimique ni même de pesticides qu'ils soient bio ou non. Cela m'a permis de sélectionner les variétés les plus résistantes, les plus rustiques. C'est ainsi que je n'en ai gardé que 350, que j'ai multiplié chaque année, sur de faibles surfaces.

Entre temps, j'ai mis au point plusieurs systèmes agricoles d'un genre assez nouveau, que j'ai adapté à Madagascar : aucun besoin de machines ou d'outils onéreux, pour un coût de main d'oeuvre très faible, afin de maximiser les productions pour un minimum d'espace et de travail : - L'agroforesterie à base de haies vives afin de produire directement sur place la biomasse nécessaire au compost et au paillage, ne comportant que des espèces locales poussant rapidement et produisant énormément de feuilles très riches. - L'agroforesterie fourragère : la plantation d'arbres qui serviront de fourrage pour les animaux, au lieu de brûler la brousse et la forêt pour faire repousser soit disant l'herbe plus verte, avec des espèces locales ou endémiques. - Un ensemble d'association culturales afin de faire pousser sur une même surface plusieurs espèces de légumes qui s'allient les uns les autres pour se protéger, s'aider a pousser, et ainsi pour nous, augmenter la production et donc gagner en rendement. J'ai donc travaillé 4 ans à Manandona, dans la campagne d'Antsirabe, puis je suis parti un an poursuivre cette aventure dans le nord de Madagascar à Joffreville, au pied de la montagne d'Ambre. Ces cinq années d'expérience en milieu exclusivement paysan m'ont permis de devenir quasiment bilingue en malgache, et d'adapter des techniques aux moyens malgaches. Depuis, je prodigue presque tous les jours des conseils culturaux sur internet pour que ces connaissances soient propagées, partagées, comprises et adoptées. Les techniques que j'ai mises en place sont aussi nouvelles dans le sens ou je ne suis pas agronome de formation, mais botaniste et écologue tropical. Ce qui fait que je conçois mes systèmes de productions en une symbiose interactionnelle entre toutes mes plantes qui s'y trouvent mais aussi avec la faune qui se réinstalle suite à la non utilisation de produits phytosanitaires.


Les formations que je compte réaliser à Nosy be. - Formation (un peu) théorique sur les plantations des légumes , mais surtout pratique sur comment faire de belles pépinières, comment repiquer (suivant les semences disponibles : aubergines, tomates, courges, légumes feuilles...) - Les associations culturales : quelles plantes mettre ensemble et lesquelles ne jamais associer, avec toutes les raisons sous-jacentes. - Comment fabriquer ses propres semences : un peu de théorique, beaucoup de pratique, selon le matériel disponible sur place. Comment préserver ces semences. - Concevoir des haies vives pour protéger les cultures du vent, des insectes, du sec, pour produire du compost de qualité en quantité.

- Quels sont les engrais bio ? Comment les fabriquer facilement ? Compost de tithonia, compost traditionnel, engrais liquides. - Comment lutter contre les ravageurs ? Un volet un peu théorique mais surtout beaucoup pratique sur les différentes formes de lutte contre les insectes. - L'agroforesterie fourragère : pourquoi est-ce utile, intéressant ? Quelles espèces d'arbres à planter et pourquoi ? - La technique SRI : partie purement théorique. Pourquoi le SRI produit plus ? Pourquoi n'est il pas adopté à Madagascar et pourquoi devrait il l'être?


 

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